mardi 9 septembre 2014

Des hommes en devenir

Des Hommes en devenir, Bruce Machart, Gallmeister 22€

coup de cœur Romain

Recommandé par Olivier Adam, le 08/09 sur france inter dans l'émission boomerang

Recommandé par Benoît Poelvoorde (à 11:39)
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/c-le-grand-journal/pid5411-le-replay.html?vid=1128479

Des hommes rongés par l'absence, par la perte d'un être proche. Des hommes au destin et cœurs brisés par la vie qui résistent et continuent leurs chemins. Ils ont en commun cette mélancolie teintée de nostalgie. Une narration très forte, qui subtilement vous fait prendre la place du personnage et qui pose la question fatidique du «  qu'auriez vous fait ?... » Bruce Machart avec ce magnifique recueil de 12 nouvelles démontre qu'il fait bien partie de cette génération d' écrivains américains brillants comme Lance Weller et David Vann. Des auteurs qui n'ont pas fini de nous surprendre et qui frappent fort, très fort.

Extraits:

« C' est pratiquement de l'instinct. Le périphérique 610, une boucle de soixante kilomètres, six bières chacun. La circulation de fin de journée devient plus fluide, vous posez cette annuaire bien comme il faut sur la pédale d'accélérateur et vous pouvez envisager un 110 km/h constant. Faites le compte, ça vous laisse 5 minutes trente par bière et , bon sang, si tout se déroule favorablement, vous avez encore soif quand vous rejoignez votre point de départ, au canal »

« Jimmy, il a plus de chemises de bowling que de plomb dans la cervelle, mais ça fait un bout de temps que vous le connaissez et quand une nana se met à rimer avec tracas, il ne tarde jamais à se pointer au volant de son pick-up. »


« Encore une de ces nuits de Houston, si chaude et si humide que vous pourriez accrocher des sachets de thé aux branches des arbres et les laisser infuser. »


Le dernier à être resté en Arkansas

« Depuis qu'elle est partie, j'ai passé des heures, exposé au froid, sur la véranda, à réfléchir à cette nuit-là et à me demander comment j'ai pu dire une chose pareille. Et quand le whisky me donne le courage d'être honnête avec moi-même, me vient le soupçon que la réponse à cette question est d'une laideur absolue, que je n'ai pas volé la façon dont elle me fusilla du regard et que j'ai méritée, par cette seule éruption de rage, la morsure de ces nuits que j'ai dû endurer, même des nuits comme aujourd'hui, où le reproche dans les yeux de la mère de Lonnie était aussi cinglant et glacial que celui que j'avais lu alors dans les yeux d'Anne. »

« J 'appellerais mon fils et quand il répondrait, je lui dirais que je vais lui envoyer un petit paquet, le vieux briquet que j'avais refusé de lui donner auparavant, ça et un peu d'argent de poche, et quand il me demanderait ce que je veux, je lui dirais : Rien. Je lui dirais : Rien, mon fils. Je ne veux rien du tout. Il y aurait comme un silence, un sifflement de parasites, notre respiration crépitant sur des centaines de kilomètres de lignes de téléphone givrées. Il ne me dirait pas merci. Je ne m'attendrais pas à ce qu'il dise quoi que ce soit, mais ensuite, je changerais d'avis. Il y a bien quelque chose, lui dirais-je. Comment ça va pour toi la-bas ? Je veux dire les cours ça va ? Parle-moi de toi mon fils. J'ai envie que tu me parles de toi. »

On ne parle pas comme ça au Texas

« _Qu'est-ce que t'as à la regarder comme ça ? Dit-il ? Allez petit okie. Bois. C'est une Lone Star que t'as là, et si y a jamais eu un petit jeunot de l'Oklahoma qu' a eu besoin de goûter à un liquide du Texas, c'est bien toi. »

Parmi les vivants, au milieu des arbres

« Ce sont des hommes rugueux et robustes, des hommes qui ont les mains calleuses comme du cuir, des hommes qui n'ont pas peur de garder un peu de tendresse dans leur poitrine et de l'exposer au grand jour quand la situation l'exige, quelle que soit la souffrance que cela implique.  Ce soir, ce sont des hommes-là et leur rire, ainsi que la morsure froide de la bière sur mes dents qui me rassurent[...] »

jeudi 5 juin 2014

Nos recommandations de la semaine !

Et on commence par un coup de coeur!

Envoyé par les éditions Transboréal à Paris, en service de presse il y a quelques jours et déjà un coup de coeur. Transboréal lance une collection de qualité et exigeante en petit format  "voyage de poche" avec comme trois premiers titres:

L'exploration de la Sibérie, Antoine Garcia & Yves Gauthier, 14€90
Bons Baisers du Baïkal, nouvelles de Sibérie, Géraldine Dunbar, 9€90
Une parisienne dans l'Himalaya, Marie de Ujfalvy-Bourdon, 13€90



 Bons Baisers du Baïkal, Géraldine Dunbar: coup de coeur Romain

Des nouvelles qui traduisent magnifiquement l'âme de la Sibérie. touchantes, rafraîchissantes, pittoresques, saisissantes, parfois cruelles, parfois à l'allure de contes et tellement bien écrites.
L'histoire d'hommes et de femmes qui résistent à la modernité. La simplicité de la vie sur les rives du Baïkal dans toute sa splendeur. Un vrai régal pour vos lectures d'été !



 Enfin disponible en format poche (version abrégée) !  L'archipel du Goulag, Alexandre Soljénitsyne, Point, 14€50



Ce n'est pas une nouveauté mais on avait envie de le présenter !(à retrouver dans les coups de cœur de la Librairie Francophone...)

Avec Lily Petite, la narratrice, la vieillesse est plaisante, la retraite une aubaine, la perte de mémoire prétexte à recenser la flore méditerranéenne. Elle s'attèle avec courage, lucidité et humour à l'héroïque tâche de prendre son temps pour envisager les années qui lui restent à vivre. L'aplomb, la drôlerie, la franchise donnent à cette méditation une allégresse communicative.

http://www.franceinter.fr/emission-la-librairie-francophone-alain-van-crugten-amelie-plume-lyonel-trouillot-et-ernest-pignon-e




L’Arabe du futur, Riad Sattouf, 20,90€ 

Une enfance dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.
Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile.
En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.
L’Arabe du futur sera publié en trois volumes. Ce premier tome couvre la période 1978-1984.


La dernière guérilla du Che

En novembre 1966, Che Guevara débarque à La Paz avec l’intention de créer un foyer de guérilla dans le Sud-Est de la Bolivie, au beau milieu d’une des régions les plus isolées du pays. Incapable d’entraîner l’adhésion populaire, la guérilla se heurte au contraire à l’hostilité grandissante des paysans. Une longue traque commence alors dans la jungle bolivienne…



Nouveautés à La Part Commune


Révolution, Jack London, La Part Commune, 6€

Généralement considéré comme un auteur des grands espaces et de la vie sauvage - que les Américains appellent le Wild - Jack London est aussi un écrivain engagé personnellement dans les combats sociaux et politiques de son temps. Ce texte est celui d'une conférence donnée par l'auteur de L'appel de la forêt à Harvard, directement inspirée par la première révolution russe, ce qui fera dire à Leon Trotsky, trente ans plus tard, dans une lettre à la fille aînée de London que ce dernier « a su traduire en vrai créateur l'impulsion donnée par la première révolution russe [et] aussi repenser dans son entier le destin de la société capitaliste à la lumière de cette révolution ». Cette prise de conscience remonte chez London à sa propre expérience ouvrière, qui lui a permis de côtoyer de près les exclus de la croissance et trouvera à s'exprimer magistralement dans sa magistrale dystopie, Le Talon de fer, dans laquelle il décrit une révolution socialiste aux États-Unis, réprimée pendant trois siècles par une dictature capitaliste ayant atteint son paroxysme. Véritable brûlot, Révolution va bien au-delà des appels à l'indignation, que Dario Fo définit avec truculence comme « l'arme suprême du couillon », pour annoncer une insurrection, un soulèvement populaire inéluctable. La violence de certains de ses propos répond elle-même à la violence de la misère qui frappe ceux dont le travail est surexploité pour générer des profits qui ne bénéficient qu'à une oligarchie dont il fustige le cynisme. La résonance de ce texte avec la crise que nous connaissons ne laisse pas de frapper. On peut le lire comme un cri de ralliement ou une implacable et sinistre répétition de l'histoire et de ses errements.

Histoire naturelle du Massachusetts, Henri D. Thoreau, La Part Commune, 6€

En avril 1842, Ralph Waldo Emerson avait demandé à son jeune ami Henry David Thoreau de rendre compte des Rapports d'observations scientifiques qu'il avait consultés à Boston. Ce dernier rédigea alors « The Natural History of Massachusetts », premier de ces textes en prose de cette veine qui caractérise l'auteur de Walden. Mais en partant de ces ouvrages sur la flore et la faune du Massachusetts dont il était censé faire la recension, Thoreau va aller plus loin pour se livrer à une réflexion intuitive, poétique et panthéiste sur la science. Ainsi, comparant le naturaliste suédois Linné à Napoléon, Thoreau voyait le scientifique accompli comme celui qui aa su retrouver ses instincts : « L'homme le plus scientifique sera le plus sain et le plus chaleureux, et détiendra une sagesse indienne parfaite ». Dans ce véritable plaidoyer pro domo, qui sonne comme une profession de foi appréhendant « la beauté sauvage de l'ensemble du paysage », Thoreau exposait rien moins que la méthode avec laquelle il entend approcher et explorer la Nature, démarche instinctive qui devait lui permettre d'accéder aux « Lois supérieures » qui la régissent. Ainsi, l'histoire naturelle est avant tout, pour lui, un instrument de réforme morale et spirituelle, en proposant à son lecteur, qu'il soit son contemporain ou le nôtre, de trouver dans cette porosité aux éléments naturels un remède à l'influence corruptrice de la société. Il faut lire ce texte méconnu qui contient en germe toute son œuvre à venir, comme un petit traité de contemplation et d'émancipation.

lundi 12 mai 2014

En Mai, lis ce qu'il te plait....

Du côté des éditions Gallmeister...

Quelques nouveautés:
Homesman, Glendon Swarthout, 23€10
Au cœur des grandes plaines de l'Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l'hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n'y a qu'une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l'Est, vers leurs familles et leurs terres d'origine. Mary Bee accepte d'effectuer ce voyage de plusieurs semaines à travers le continent américain. Pour la seconder, Briggs, un bon à rien, voleur de concession voué à la pendaison, devra endosser le rôle de protecteur et l'accompagner dans son périple.
 Inoubliable portrait d’une femme hors du commun et de son compagnon taciturne, aventure et quête à rebours, Homesman se dévore de la première à la dernière page. 


Le voyage de Robey Childs, Robert Olmstead, 23€10

Un matin de 1863, la mère de Robey Childs s'éveille bouleversée par un songe. Un grand danger planerait sur son mari, soldat de la guerre de Sécession. Elle envoie alors Robey, son unique enfant, âgé de quatorze ans, sur les traces de son père avec pour seule arme une veste réversible aux couleurs des uniformes de chacune des deux armées. Commence alors pour Robey un voyage qui bouleversera sa vie. Monté sur un cheval noir hors du commun, cadeau providentiel d'un de ses voisins, il traversera un pays en ruines, découvrant sur sa route la véritable nature des hommes.

Lecture en cours de Romain: 
On pourrait se dire encore un roman sur la guerre de Sécession de la part de Gallmeister. En début d'année 2013 sortait l'excellent Wilderness de Lance Weller disponible en poche depuis janvier 2014.
Même si le contexte est le même, à travers les yeux d'un adolescent on découvre une autre approche de ce traumatisme de l'histoire américaine.


La guerre de sécession à travers l'escapade d'un adolescent qui part à la recherche de son père suite à une prémonition de sa mère. Il va découvrir l'horreur de la guerre et les atrocités dont les hommes sont capables. Un récit poignant dans un paysage sublime et omniprésent.





 Rêves arctiques, Barry Lopez, 24€50



Résultat de quatre années de voyage, de réflexions et de rencontres dans l'Arctique, ce livre est tout à la fois récit d’aventure, méditation sur l'art de l'exploration, histoires d’ours blancs et d'icebergs grands comme des villes. “C’est l'histoire d'une conversation sans âge, non seulement entre nous, sur ce que nous avons l'intention d'entreprendre ou ce que nous voulons réaliser, mais aussi avec cette terre – notre contemplation et notre admiration devant un orage sur la prairie, devant la crête découpée d’une jeune montagne ou devant l'essor soudain des canards au-dessus d'un lac isolé. Nous nous sommes raconté l’histoire de ce que nous représentons sur cette terre depuis quarante mille ans. Je crois qu'au cœur de cette histoire repose une simple et durable certitude : il est possible de vivre avec sagesse sur la terre, et d'y vivre bien.”


 
Joe, Larry Brown, 10€



Gary Jones a peut-être bien quinze ans. Sa famille vagabonde, arpente les rues et les bois du Mississippi tandis qu'il rêve d'échapper à cette vie, à l'emprise de son bon à rien d'ivrogne de père. Joe Ransom a la quarantaine bien sonnée. Il ne dénombre plus les bouteilles éclusées et les rixes déclenchées. Lorsqu'il croise le chemin de Gary, sauver le jeune garçon devient pour Joe l'occasion d'expier ses péchés et de compter enfin pour quelqu'un. Ensemble, ils vont avancer et tracer à deux un cours sinueux, qui pourrait bien mener au désastre… ou à la rédemption.

Superbement construit, pétri d’humanité, Joe offre une peinture universelle de la lutte entre le bien et le mal qui marque à tout jamais les lecteurs.
La dernière frontière, Howard Fast, 10€20


1878. Les Indiens cheyennes sont chassés des Grandes Plaines et parqués en Territoire indien, aujourd’hui l'Oklahoma. Dans cette région aride du Far West, les Cheyennes assistent, impuissants, à l'extinction programmée de leur peuple. Jusqu'à ce que trois cents d'entre eux, hommes, femmes, enfants, décident de s'enfuir pour retrouver leur terre sacrée des Black Hills. À leur poursuite, soldats et civils arpentent un pays déjà relié par les chemins de fer et les lignes télégraphiques et tentent à tout prix d'empêcher cet exode. L' ultime sursaut d'une nation prête à tout pour retrouver liberté et dignité.

La Dernière Frontière est l'un des plus grands livres consacrés à la question indienne : tout un chapitre de l'Histoire américaine défile ici au rythme haletant d’un film sur grand écran.
La grâce des brigands, Véronique Olvadé, points, 6€90
Quand Maria Cristina Väätonen reçoit un appel téléphonique de sa mère, dont elle est sans nouvelles depuis des années, l'ordre qu'elle avait cru installer dans sa vie s'en trouve bouleversé.
Celle-ci lui demande instamment de venir chercher pour l'adopter Peeleete, le fils de sa sœur. Nous sommes en juin 1989, Maria Cristina vit avec son amie Joanne à Santa Monica (Los Angeles).
Cela fait vingt ans qu’elle a quitté Lapérouse, et son univers archaïque pour la lumière de la ville et l'esprit libertaire de la Californie des années 70. Elle n'est plus la jeune fille contrainte de résister au silence taciturne d'un père, à la folie d'une mère et à la jalousie d'une sœur. Elle n'est plus non plus l'amante de Rafael Claramunt, un écrivain/mentor qu'elle voit de temps à autre et qui est toujours escorté par un homme au nom d'emprunt, Judy Garland.
Encouragée par le succès de son premier roman, elle est déterminée à placer l'écriture au coeur de son existence, être une écrivaine et une femme libre. Quitte à composer avec la grâce des brigands. 


Le livre des secrets, Fiona Kidman, Sabine Wespieser éditeur, 25€

En 1953, quand s’ouvre le roman, Maria vit depuis plus de cinquante ans seule dans la maison de famille délabrée. On la surnomme « la sorcière de Waipu », elle qui très jeune se rebella contre sa mère pour vivre sa passion avec un cantonnier. Mise au ban d’une communauté encore très respectueuse des strictes règles morales édictées par son sourcilleux fondateur – l’autoritaire et charismatique Norman McLeod, avec qui sa grand-mère Isabella quitta l’Écosse en 1817 –, elle a tout le temps de se pencher sur le passé.
Après plus de trente-cinq ans de voyage à travers le vaste monde et quelques longues étapes, en Nouvelle-Écosse et dans l’île de Cap-Breton, sur les côtes d’Amérique du Nord, McLeod, que ses disciples appelaient l’ « Homme », décida, en 1854, que leurs tribulations prendraient fin sur cette côte du Nord de la Nouvelle-Zélande où Maria vit le jour bien des années plus tard. L’Homme qui guida là son peuple, convaincu de le conduire sur le droit chemin, reposait depuis vingt ans déjà dans le cimetière près de l’océan.
Le journal tenu par sa grand-mère tout au long de sa vie aventureuse, et sur lequel Maria met la main, lui révèle pourtant l’envers du décor : s’y dessine non le portrait d’une diablesse dont elle aurait hérité les penchants pervers et indociles, comme sa propre mère tentait de l’en convaincre, mais celui de l’héroïne indépendante et téméraire que fut Isabella. Il fallait bien du courage en effet pour s’imposer face à un McLeod peu enclin à accepter chez ses ouailles des opinions individuelles, surtout quand celles-ci étaient des femmes.
Et l’on comprend, au fil de cette formidable saga, que le Livre des secrets est celui de ces femmes qui, pour exister dans une communauté masculine et rétrograde, n’avaient d’autre choix que d’en contourner les préceptes.



 
Nocturnes d'un chauffeur de taxi, collectifs, Philippe Rey édition, 17€50

En Corée, on « entre en littérature » non pas grâce à un « premier roman » mais avec une nouvelle, dès lors qu’elle est remarquée, primée par les grands quotidiens ou les très actives revues littéraires. Si bien qu’à la différence de la France, ce genre narratif y est devenu un art majeur. Cette anthologie rassemble des textes représentatifs de la production contemporaine : tous ont été publiés au cours de la dernière décennie et mettent en perspective les aspects les plus intimes d’une société dont nous ne connaissons généralement que les succès les plus flatteurs – pour ne pas dire les plus trompeurs.

Les auteurs représentés ici, une majorité de femmes, nous renvoient une image sans complaisance de leur monde comme il va. Ils le font, chacun à leur manière, sur des sujets très divers qui reflètent les évolutions contemporaines de la société coréenne et ses contradictions. Ainsi le travail à la chaîne est stigmatisé avec humour (noir ?) dans La fabrique de conserves ; la rudesse du quotidien est décrite dans Nocturne d’un chauffeur de taxi, qui illustre par ailleurs également un phénomène récent dû à l’évolution démographique, le mariage avec des femmes venues d’ailleurs ; les liens unissant la famille se délitent dans Semailles ; les on-dit viennent gangrener une petite ville dans Rumeurs ; le couple vit l’enfer et se désagrège dans Mon mari, tandis qu’il chemine avec poésie vers la mort dans Neuf épisodes ; la femme a conquis sa liberté dans Stoppie à moto mais le bonheur continue à lui échapper…

Dix histoires pour faire découvrir une littérature et un pays méconnus.


Une saison de chasse en Alaska, Lamazou & Gurrey, Paulsen, 29€

Une journaliste et un dessinateur partent pour trois mois à l’extrême nord de l’Alaska. Ils veulent constater au ras du terrain la révolution qui s’opère dans cette région polaire où la vie traditionnelle résiste encore tant bien que mal. Un nouvel eldorado pétrolier très convoité, des autoroutes maritimes bientôt accessibles, des ports gigantesques : comment les Inupiat, occupants millénaires de ces terres arctiques, envisagent-ils l’avenir qui leur est imposé ?
Zoé Lamazou et Victor Gurrey ont partagé le quotidien des habitants de Point Hope durant une saison de chasse. Avec eux, ils ont attendu le vent du nord. Ils ont attendu qu’un chenal s’ouvre dans la glace. Ils ont attendu la baleine ; tout en enquêtant sur les travaux exploratoires, en pleine mer, de grandes compagnies pétrolières. Ils nous livrent des témoignages émouvants sur un monde en mutation, un monde menacé.



 le journal des cinq saisons, Rick Bass, Folio, 8€90

Au Montana, entre la rudesse de l’hiver et l’explosion du printemps, se glisse une cinquième saison, quand les glaces se transforment en boue et la végétation n’a pas repris ses droits. Rick Bass la décrit avec l’émerveillement du poète, comme plus tard les oies remontant du sud et les ours noirs arpentant les pentes inondées de soleil. Témoignage le plus abouti de l’écrivain sur la vallée du Yaack, cet ouvrage est une déclaration d’amour à une nature sauvage qui risque de disparaître. 

samedi 10 mai 2014

Sur la route again...

Sur la route again aux états-unis avec Kerouac, Guillaume Chérel, Transboréal 20€90

Coup de coeur Romain
Partir sur les traces d'un de ses auteurs préférés, on en rêve souvent, Guillaume lui l'a fait avec passion, engouement, détermination. Il a rencontré et côtoyé l'Amérique dont on ne parle pas assez, celle des « clochards célestes » et autres « vagabonds solitaires ».Vingt ans après avoir traversé l'Amérique sur les traces de Jack London, Guillaume Chérel repart à 40 ans sur les traces de l'autre Jack. Embarquez dans les Greyhound (bus américains) et découvrez l'Amérique d'aujourd'hui, celle d'Obama. Sur la route again est un voyage sur les traces de Kerouac mais est aussi une comparaison entre l'Amérique des années 50 et l'actuelle. Un récit cru, épique, et sans concession dans l'esprit et la forme de l'écriture automatique chère à Kerouac. 

 Extraits

La génération actuelle n'a plus envie de grand-chose, même pas de voyager, ni d'espérer. Elle veut juste planer, s'amuser, boire, manger, jouer aux jeux vidéo, consommer, gagner vite de l'argent...pour bien s'habiller. Elle veut dormir longtemps. Déjà fatiguée de vivre.


Steve, lui, Afro-Américain de 40 ans, raconte qu'il s'en sortait jusque-là en cultivant son potager, mais que ça ne suffit plus : «  j'ai été viré de Good Years « Bonne année »... tu parles d'un nom ! Je passais ma vie à travailler, à dormir, à voyager pour aller travailler puis à dormir. Pas de petite amie, rien que la télé, le base-ball et la bière ! » Ainsi va l'American Way of (Fucking) life. On se plaint pas, on subit.


La route, c'est une aube qui n'en finit pas. Le bonheur de prendre la route, c'est de tout faire à nouveau comme si c'était la première fois. On a coutume de dire que seul le voyage compte. Que la destination importe peu... Ce n'est pas mon avis. L'action de voyager en elle-même ne m'intéresse pas tant que ça. C'est le vertige du dépaysement qui me vrille les neurones et me donne l'impression de renaître à chaque fois. Tous les sens en éveil, à chaque destination... A chaque arrêt sur image. De nouvelles odeurs. Architectures, etc. A chaque fois que j'arrive quelque part, je me dis : des gens que je connaissais pas vivent ici. J'aimerai les connaître tous ! Partout.



Il y eut de la bruine et de la pluie et du mystère dès le début du voyage au Mexique. J 'étais aux anges, décidément... Je savais que je laissais derrière moi le désordre (les dettes) et l'absurdité (de cette société basée sur le fric, les rapports de pouvoir, etc.) et que je remplissais ma noble et unique fonction dans l'espace et le temps : le mouvement. Et pour me mouvoir, je me mouvais. Quinze mille kilomètres parcourus, au moins, depuis mon premier pas à New York. Je ne comptais plus. La pureté de la route. Et cette ligne blanche au milieu de l'autoroute qui se déroulait et léchait les pneus de mes bus à l'infini, comme si elle collait à l'étrave d'un navire.

mardi 15 avril 2014

Ce qu'on vous propose cette semaine...

Tempête Deux Novellas J.M.G. Le Clézio, Gallimard, 19€50




«En anglais, on appelle "novella" une longue nouvelle qui unit les lieux, l'action et le ton. Le modèle parfait serait Joseph Conrad. De ces deux novellas, l'une se déroule sur l'île d'Udo, dans la mer du Japon, que les Coréens nomment la mer de l'Est, la seconde à Paris, et dans quelques autres endroits. Elles sont contemporaines.»
J. M. G. Le Clézio.


La fête de l'insignifiance, Milan Kundera, Gallimard, 15€90



Jeter une lumière sur les problèmes les plus sérieux et en même temps ne pas prononcer une seule phrase sérieuse, être fasciné par la réalité du monde contemporain et en même temps éviter tout réalisme, voilà La fête de l'insignifiance. Celui qui connaît les livres précédents de Kundera sait que l'envie d'incorporer dans un roman une part de «non-sérieux» n'est nullement inattendue chez lui. Dans L'Immortalité, Goethe et Hemingway se promènent ensemble pendant plusieurs chapitres, bavardent et s'amusent. Et dans La Lenteur, Véra, la femme de l'auteur, dit à son mari : «Tu m'as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux... je te préviens : fais attention : tes ennemis t'attendent.» Or, au lieu de faire attention, Kundera réalise enfin pleinement son vieux rêve esthétique dans ce roman qu'on peut ainsi voir comme un résumé surprenant de toute son œuvre. Drôle de résumé. Drôle d'épilogue. Drôle de rire inspiré par notre époque qui est comique parce qu'elle a perdu tout sens de l'humour. Que peut-on encore dire? Rien. Lisez!  


L'Usage du monde, Nicolas Bouvier, dessins de Thierry Vernet, La découverte 11€



Réédition d'un classique de la littérature de voyage illustré et à prix abordable pour la première fois !

À l'été 1953, un jeune homme de 24 ans, fils de bonne famille calviniste, quitte Genève et son université, où il suit des cours de sanscrit, d'histoire médiévale puis de droit, à bord de sa Fiat Topolino. Nicolas Bouvier a déjà effectué de courts voyages ou des séjours plus longs en Bourgogne, en Finlande, en Algérie, en Espagne, puis en Yougoslavie, vial'Italie et la Grèce. Cette fois, il vise plus loin : la Turquie, l'Iran, Kaboul puis la frontière avec l'Inde. Il est accompagné de son ami Thierry Vernet, qui documentera l'expédition en dessins et croquis.
Ces six mois de voyage à travers les Balkans, l'Anatolie, l'Iran puis l'Afghanistan donneront naissance à l'un des grands chefs-d'oeuvre de la littérature dite « de voyage », L'Usage du monde, qui ne sera publié que dix ans plus tard - et à compte d'auteur la première fois - avant de devenir un classique.
Par son écriture serrée, économe de ses effets et ne jouant pas à la « littérature », Nicolas Bouvier a réussi à atteindre ce à quoi peu sont parvenus : un pur récit de voyage, dans la grande tradition de la découverte et de l'émerveillement, en même temps qu'une réflexion éthique et morale sur une manière d'être au monde parmi ses contemporains, sous toutes les latitudes.


Ingrédients pour une vie de passions formidables, Luis Sepulveda, Métailié, 16€



Dans la lignée d'histoires d'ici et d'ailleurs

L’écriture, l’engagement politique, les amitiés, l’exil, le voyage sont les éléments indissolublement mêlés de ces récits d’une vie d’aventures fascinantes que nous raconte Luis Sepúlveda.
Depuis le moment où l’adolescent se voit obligé par un premier amour de passer de la passion du football à la poésie, jusqu’à ce qu’il découvre que la littérature peut donner une voix à ceux qui n’en ont pas, ces pages entremêlent des récits personnels, des histoires de travailleurs et de leurs luttes, les cris de douleur devant la destruction de l’équilibre de la planète, les réflexions violentes sur la crise économique qui balaye l’Europe, ainsi que l’évocation des moments partagés avec les amis ou les “maîtres”.
Dans ce parcours d’une vocation aux multiples facettes, on voit apparaître en filigrane l’homme Sepúlveda, à travers ses souvenirs les plus difficiles du passé chilien, le destin des camarades dispersés par l’exil qui se retrouvent au bord du Pacifique, un ami à quatre pattes, la joie de la réunion autour de la table d’une famille nombreuse dans laquelle tous les enfants et petits-enfants, aux multiples nationalités, l’appellent “Viejo”, Vieux. Et surtout le fait de savoir que, malgré tout, il a mené une vie “de passions formidables”.


Elisée Reclus, les grands Textes présenté par Christophe Brun, Champs Classiques, 12€



Élisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste

Anarchiste et tolérant, savant rigoureux et fou de liberté, fils de pasteur et athée militant, le plus grand géographe français est pétri de contradictions qui le rendent aussi brillant qu'attachant.

Élisée Reclus, né en 1830 à Sainte-Foy-la-Grande, étudie en Allemagne, traverse la France à pied, travaille comme ouvrier agricole en Irlande, découvre l'esclavagisme en Louisiane et tâte de l'agriculture en Colombie tout en explorant le pays. En 1857, à Paris, il entre à la Société de géographie et devient, avec Bakounine et Kropotkine, un pilier du mouvement anarchiste. Il s'engage dans la Garde nationale pendant la Commune de Paris et, fait prisonnier, il est condamné à la déportation. Grâce à l'intervention de savants anglo-saxons, dont Darwin, sa peine est commuée en bannissement.

Ses ivres, dont la Nouvelle Géographie universelle, ses guides, ses articles font de lui, pour le géographe Yves Lacoste, le « père de la réflexion géopolitique française ». Le premier, il sème les idées de ce qui va prendre le nom d'écologie. Reclus est végétarien, il prône l'union libre, il veut davantage d'indépendance pour les femmes, une éducation différente et plus souple pour les enfants. Son idéologie repose sur l'entraide et la solidarité universelles. C'est un adversaire obstiné de l'État et, comme tel, il s'oppose à Marx. « Ce doux entêté de vertu », selon son ami Nadar, avait une image sulfureuse. Sa vie, que Jean-Didier Vincent raconte avec passion, se lit comme un roman d'aventures.





samedi 5 avril 2014

En Avril ne te découvre pas d'un fil ...

Kanak premières chroniques, Thiosse, Juliet C, éditions du Lampion, 12€90



Kaavo est le nom d’une jeune popinée partie à l’aurore, pour ramasser à pleines poignées des sauterelles aux ailes lourdes de rosées. Kaavo est gourmande, insouciante, et son chemin croise par malheur celui du redoutable Navaé, guerrier orgueilleux, ennemi de sa tribu.
Le flirt canaque est une chronique du désir, du jeu amoureux...
Georges Baudoux alias Thiosse (prononcia- tion de Georges en canaque) est un conteur habile et merveilleux. Les chroniques présentées en quatre volumes sont extraites de journaux calédoniens parus entre 1919 et 1921 ; elles relatent par le détail les péripéties de différentes tribus canaques avant l’arrivée des colons. Une immersion donc dans la mentalité primitive, atavique, à travers laquelle apparaît, empreinte parfois de cruauté, une certaine logique tribale.
Trois autres recueils de chroniques ont été publiés (ils sont également disponibles à la librairie)


Jours tranquilles à Mixing Part, Erlend Loe, Gaïa,18 €
traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud

Nina Teleman, 43 ans. Prof de norvégien. Lunettes à verres épais. Adore l’Allemagne. Bror Teleman, 42 ans. Dramaturge en herbe. Léger problème avec l’alcool. Déteste tout ce qui est allemand. À eux deux : trois enfants.
Tout ce petit monde part en vacances… en Allemagne.
Ils louent un chalet à un couple de Garmisch-Partenkirchen, les Bader, pas franchement polyglottes : après consultation de divers outils de traduction automatique sur Internet, le lieu est rebaptisé « Mixing Part », les Bader « barbier-chirurgien », et les Teleman « Téléhomme ». Voilà qui promet…
Bror essaie d’écrire, mais il est passionné de cuisine, et fantasme davantage sur quelque cuisinière plutôt que sur le théâtre. Une manière bien à lui d’arranger ses problèmes de couple.
Toutes les conditions sont réunies pour couler des jours tranquilles à Mixing Part — ou pas.


Aventures en Guyane, journal d'un explorateur disparu, Raymond Maufrais, Points aventure, 7€80


Voici l’un des récits les plus poignants de l’histoire de l’exploration. En 1950, Maufrais a 23 ans lorsqu’il se lance seul et à pied dans la jungle guyanaise en direction des mythiques monts Tumuc-Humac alors inconnus. On ne le reverra plus. Si un Indien n’avait pas découvert par hasard ses carnets au bord d’une rivière, ce face à face exemplaire d’un homme avec son destin ne nous serait jamais parvenu. Le mystère de sa disparition hantera toute une jeunesse éprise comme lui d’idéal, d’aventure et de liberté.

N'en fais pas une histoire, Raymond Carver, Points, 7€40


Il est des œuvres qui ressemblent à une fête entre amis, intime et chaleureuse. Raymond Carver nous convie ici, au gré de ses poèmes, récits de jeunesse et essais littéraires, à la rencontre de ses passions. On découvre un Carver critique, défendant Hemingway contre ses biographes, et qui s’interroge sur l’art d’écrire des nouvelles, domaine où il excellait.

Comment les fourmis m'ont sauvé la vie, Lucia Nevaï, Philippe Rey éditions, 9€
 
 
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain


Sa mère l'a baptisée Crane, prénom sioux qui désigne la grue, le grand oiseau migrateur. Et comme, auparavant, cette même mère avait tenté de se débarrasser d"elle, Crane est née défigurée, chétive et bigleuse.
Son histoire commence dans un trou perdu de l'Iowa dans les années 1950. Avec pour parents, un trio minable, qui s"est constitué sur le circuit des prêcheurs itinérants : Big Duck, faux prêcheur et escroc, père fictif de Crane et de son demi-frère ; Tit, superbe femelle qui les a engendrés ; Flat, mère d'une fille dont Big Duck est vraiment le père ! La maisonnée vit dans la crasse et l"indigence, les trois enfants, non scolarisés, sont livrés à eux-mêmes et sous-alimentés en permanence. Leur unique distraction est le passage du train de 21 h 49 à quelques centaines de mètres de chez eux ; et le reste du temps, la contemplation des champs de maïs qui s’étendent à perte de vue.
Jusqu’au jour où déboulent pelleteuses et excavatrices : la modernité est en marche, le trou perdu va devenir une cité lacustre. Crane, rebelle et miraculeusement surdouée, est alors projetée dans une nouvelle vie qui la sauvera de la misère, mais la plongera aussi dans le mensonge et la solitude.
Horizons de pierre, Atahualpa Yupanqui, le temps des cerises, 14€

traduit de l'argentin par Louise Mamiac


Un demi-siècle de ma vie s'est écoulé entre la pampa et la montagne, apprenant la vie des hommes et les infinis événements de cet étrange et passionnant univers argentin. Des traces de langues antiques adhèrent encore aux légendes, comme le quartz à la pierre, comme la lumière au vol de l'oiseau, comme le silence à la mort. Ce récit, qui aujourd'hui a pour titre Horizons de pierre, fut écrit il y a un grand nombre d'années, en une région appelée Tumbaya, dans la province argentine de Jujuy. C'est l'histoire d'un couple de jeunes Kollas, unis par un intense et dramatique amour : Ismaél et Candelaria. Eux-mêmes m'ont raconté leurs vies, leurs travaux, leurs espérances, leurs silences. Ismaél est berger depuis son plus jeune âge, au nord de l'Argentine. Candelaria est née dans les montagnes de Bolivie. Petite fille de solitude et de chemins, je l'ai appelée Senda. Plus d'un demi-siècle a passé. Où peuvent-ils être maintenant ? Je sais seulement que ces souvenirs habitent un lieu sans oubli dans mon vieux coeur fatigué. Atahualpa Yupanqui, 1988




 
 

jeudi 27 mars 2014

nouveautés à la librairie !

Fin de Roman en Patagonie, Mempo Giardinelli, Métailié, 10€
traduit par Bertille Hausberg

Sorti il y a peu de temps, pour les amoureux de la Patagonie et des roadtrips incongrus!

Originaire des zones tropicales du nord-est de l'Argentine, Mempo Giardinelli décide un jour de partir pour l'inconnu : la Patagonie. Il s'embarque à bord d'une vieille Ford Fiesta en compagnie d'un ami, avec un budget de 2000 euros chacun et 40 jours de liberté (car le premier venu, s'il a de l'argent, du temps et un 4X4 peut sans problème traverser la Patagonie !).
Giardinelli espère échapper aux difficultés qu'il rencontre dans l'écriture d'un roman. Ce voyage devient une vraie aventure faite de paysages et de rencontres exceptionnelles, peu à peu l'écrivain se remet à rêver et son roman prend un tour qu'il n'attendait pas. Récit de voyage tissé de morceaux de fiction, d'esquisses d'intrigues, d'amitié, de grandes discussions et de silence, ce livre est une invitation à la découverte de ce bout du bout du monde encore sauvage, en cours de destruction, mais peuplé de gens à l'hospitalité légendaire.

"Grand raconteur d'histoires, Giardinelli, tout au long de ce voyage plein de tendresse, nous fait partager ses rencontres et nous donne un livre délicieux sur une Patagonie qui n'a rien à envier à celle de Chatwin " Luis Sepulveda.


Les enfants d' Erebus, Jean Luc Marcastel, j'ai lu, 12€




Paris, 1935. Un soir, un inconnu débarque chez l'explorateur Armand de Carsac dans l'intention de voir l'obélisque d'Erebus. Jade, sa fille âgée de 16 ans, comprend que cet objet fut ramené de son expédition en Antarctique et que des personnes bien mal intentionnées cherchent à s'en emparer.


L'escalier de mes désillusions, Gary Victor, Philippe Rey édition, 16,50€

En cette fin de soirée de janvier 2010 en Haïti, les convulsions de la terre ont aussi fissuré la vie de l’écrivain Carl Vausier. Redoutant l’annonce de la mort de son ex-femme Jezabel, qu’il continue à aimer en secret, et de sa fille Hanna, il attend dans l’angoisse, assis à côté de sa belle-mère, la mutique Man Hernande. Tandis que tout autour de lui le pays est anéanti, Carl est hanté par des récits qu’il a longtemps tus et qui jaillissent de l’oubli.
Au long de ce texte fiévreux, Carl Vausier plonge dans les profondeurs de son passé pour exhumer des blessures douloureuses, et pour enfin saisir la vérité de l’inaccessible Jezabel. Car dans les abysses de la mémoire gisent parfois des étrangetés qu’un séisme peut réveiller.
Au cours de ce texte fiévreux, Gary Victor plonge dans les profondeurs de la vie d’un homme pour en ramener des blessures aussi secrètes qu’elles sont tenaces et douloureuses. Pour aussi enfin comprendre la vérité de la mystérieuse et inaccessible Jezabel, obsession amoureuse de Carl. Car dans les abysses de la mémoire gisent parfois des étrangetés qu’un séisme peut réveiller.

« Tout comme il existe un cimetière des éléphants, j’ai imaginé un cimetière des récits. Ils sont devenus des fantômes qui se sont mis à me hanter avec insistance quand j’ai commencé à descendre l’escalier de ma vie, un escalier que j’ai découvert pavé de désillusions qui se révélaient au fur et à mesure que les masques des amours s’estompaient. »


Monsieur chat ! David Wiesner, Le genevrier, 15€




Monsieur Chat ignore tous les jouets qu’on lui offre. Par paresse ? Non. Il est tout simplement très exigeant. Dès lors qu’il a le bon jouet, il l’observe, s’en amuse, saute dessus. Aujourd’hui, c’est le cas. Et Monsieur Chat est très excité. Mais pas vraiment par un jouet. Par quelque chose de beaucoup plus intéressant…


Aventures dans le commerce des peaux en Alaska, John Hawkes, points signatures, 11€20


« Voilà le genre d’aventurier qu’il était ? doux, optimiste, inventif, jamais brutal. C’était un artiste de la vie d’aventure. » Après le krach de 1929, l’Oncle Jack, sorte de capitaine Achab déguisé en John Wayne des glaces, quitte le Connecticut et débarque en Alaska avec sa femme Sissy et leur fille Sunny. Avide de grandes aventures, il devient découvreur d’or et éleveur de renards bleus, affronte la nature indomptée du Grand Nord, lutte contre les bêtes sauvages, à la poursuite d’un rêve : retrouver le totem indien représentant Abraham Lincoln, abandonné sur une île sacrée.


 Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux, Seuil, 5€90



Pendant un an, Annie Ernaux a tenu le journal de ses visites à l’hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situé en région parisienne. « Voir pour écrire, c’est voir autrement », écrit-elle. On redécouvre en effet à ses côtés le monde de la grande surface. Loin de se résumer à la corvée des courses, celle-ci prend dans ce livre un autre visage : elle devient un grand rendez-vous humain, un véritable spectacle. Avec ce relevé libre de sensations et d’observations, l’hypermarché, espace familier où tout le monde ou presque se côtoie, atteint la dignité de sujet littéraire.


Nue India Journal d'un vagabond, Alexandre Bergamini, arléa, 16€



Au XIXe siècle, certains vagabonds occidentaux voyageaient seuls, à pied, et cherchaient à exister hors désir, hors identité, pour vivre le moment présent.
Voici le journal d’un vagabond d’aujourd’hui qui ressemble au Pasolini de L’Odeur de l’Inde. Il voudrait voyager mais il ne se passe rien de l’ordre du voyage. « Il n’y a rien à visiter ou si peu. Je lave ce qui me reste d’Europe. »
C’est la vie qui se saisit de lui, confus, effrayé, ensorcelé – comme s’il retrouvait un état de l’enfance.
Le voyage commence par l’odeur et par l’effroi devant la pauvreté et le dénuement, la solitude ; il finit par la révélation de l’autre, l’éblouissement de l’autre.
L’Inde nue, qui est l’Inde de ses rêves et de la littérature, l’accompagnera à la source du désir, aux pieds des vagues et des rouleaux du Kérala.